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Mort
annoncée
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Tout d'un coup, je ressens de l'inquiétude. Mais d'où me vient ce ressenti ? Il appartient à mon amie. Je suis toute retournée. Puis-je donc ressentir un lien avec une personne vivante? Pourquoi n'ai-je rien ressenti pour le voisin, les ambulanciers, les policiers? Ils n'ont aucun lien, dans cette vie, avec mon âme. C'est tout autre avec mon amie. Je commence à comprendre. Je suis toujours dans la pièce, mon corps est emballé, déplacé et mis dans l'ambulance, direction le frigo en attendant que la famille le réclame. Mon amie
découvre l'horreur de la situation. Du moins, je la ressens.
Elle est très triste, son incompréhension me glace l'âme.
C'est la deuxième fois pour elle, une fois de trop. Je ne suis plus dans la pièce, je suis avec mon amie, à côté d'elle. Je patiente. La voici qui se lève, elle appelle son amie, à elle. Pour parler, pour essayer de comprendre, pour prendre un peu de recul. Son amie et moi nous nous sommes rencontrées à quelques reprises, une femme exceptionnelle qui mérite plus qu'elle ne croit. Je comprends mieux encore pourquoi maintenant. Elles sont toutes les deux là, à chercher les numéros de téléphone. Elles font le tour de la famille, d'abord mes parents, puis ma sur, impossible de trouver mon frère. Normal il a déménagé il y a quelques mois mais n'a pas transmis ses nouvelles coordonnées téléphoniques. Il y a toujours le portable. Mes parents,
chers parents, qui ont fait de leur mieux, comment leur en vouloir?
Ils ont fait avec ce qu'ils avaient, pourtant j'avais ce goût
amer dans la bouche de séparation. J'avais de la connaissance
mais je n'ai pas su m'en servir, la mettre en pratique et gagner mes
galons de leçons. Ici, je ne reçois que de l'amour inconditionnel. Mon égo a disparu. Mes craintes, mes douleurs aussi. Je ressens les émotions de mon amie, elles me touchent mais ne me déstabilisent pas. C'est nouveau et agréablement bon. Je ne regrette pas. Ce qui va être des jours dans l'espace temps terrestre, se résume ici à quelques minutes. Je suis
tout à coup attiré dans un vortex par les pensées
de mon amour. Celui avec lequel, je voulais partager ma vie. Les instances
supérieures ne voulaient pas de cette union, comme un acte interdit.
Je ne leur en veux plus, je comprends maintenant. Y aura-t-il un enterrement? Je ne le vois dans aucune des pensées. Je suis morte depuis 8 jours maintenant, mon corps est toujours dans le frigo au service morgue de l'hôpital civil. Mes parents sont venus clôturer les affaires pratiques, l'emballage de mes affaires, le préavis de l'appartement. Tout cela dans un silence de mort D'ici tout parait très facile à gérer. Je suis contente de m'être débarrassé de ces contingences matérielles. Je suis libre et légère. Je ne suis plus engoncée dans un corps. C'est un pur bonheur. Je sens bien une frisson me parcourir parce que "je sais" que mon acte aura des conséquences. J'ai choisi de finir la leçon avant que le professeur donne son feu vert. Je vais devoir recommencer Pour l'heure, je retourne près de mon amie. Nous nous sommes connus peu de temps avant mais j'ai senti une véritable osmose avec elle. Elle est d'une gentillesse exemplaire, une force de caractère qui rend humble les plus grands. Elle n'en a pas véritablement conscience. Peut-être un jour le fera-t-elle ? Je le lui souhaite. Finalement mes parents se décident pour une crémation, ils se sont rappelés que je préférais cela à une mise en boîte sous terre. N'ayant pas fait de testament, du fait de mes maigres biens, ils se séparent des éléments utiles en les donnant à Emmaüs. Les bijoux retournent dans la famille. Depuis que je suis là, j'ai appris que je pouvais souffler une "intuition", comme faire entendre ma voix. Je décide d'utiliser cet outil avec ma mère pour lui dire que j'aimerai que le collier de perle aille à ma nièce la plus âgée et la médaille de la vierge Marie, à la plus jeune. Pour le reste à leur bon vouloir. Mon tendre amour l'a annoncé à ses enfants, je le sens parce que je me retrouve à un instant à côté de sa fille qui me parle. Je ne sais pas comment lui répondre, je lui souffle une intuition et lui envoie de l'amour inconditionnel. Elle reprend des couleurs, ses joues étaient pâles de chagrin. Je suis maintenant avec son fils, il est dans sa chambre allongé sur son lit. Il sait pourquoi, et je n'en suis même pas étonnée. Il prend la chose avec une grandeur d'âme que je lui reconnaissais même si cette absence reste palpable. Il sait que nous retrouverons dans une prochaine vie. Finalement, la chose est bien prise dans sa globalité. Le travail de deuil est commencé pour la plupart des personnes averties. Oups ! Me voilà, à cet instant, à côté de mon meilleur ami et âme sur, maintenant je le sais. Il est pétrifié par la nouvelle. Il m'avait dit "bats toi", je ne suis pas lui. Il le savait aussi. Une magnifique aventure nous deux. J'arrive enfin à lire dans son cur et ce que je vois me transporte d'un bonheur inégalé, c'était donc toi ! Toi ! Je ne l'ai pas vu ! Heureusement qu'il est prévu que tu viennes me rejoindre rapidement, du moins en temps universel Je souris comme une gamine, heureuse. Mon frère vient d'être contacté, waouh !! Quelle colère ! Je sens la froideur de sa colère et la douleur de sa peine. Demain, mon corps sera incinéré, ma famille, mon meilleur ami et mon amie seront là. Mon tendre amour ne se joindra pas à eux, à cause du travail. Tout se fait dans la discrétion. J'apprécie. Il est prévu qu'ils se retrouvent pour dîner ensemble. C'est une autre intuition que j'ai soufflée à mon amie, cette fois. Je sais qu'elle m'a suffisamment comprise pour savoir que cela pouvait me tenir à cur. Malgré ma lâcheté, je la remercie avec mon cur de cette démarche. Nous voici au dîner, je suis à côté de l'un puis de l'autre leurs pensées ne sont pas très roses, tâchées par ces nombreux "pourquoi?" Ils échangent des paroles comme "elle avait tout pour réussir" et "elle était intelligente, mignonne, c'était une femme bien". Ils sont sincères. Le seul hic est que je ne peux leur donner la réponse. Ils n'étaient pas moi, je n'étais pas eux dans ce monde terrestre. Comment expliquer à des personnes qui vous aiment que vous ne vous aimiez pas assez pour continuer? Cela leur semble illogique, puisque je suis aimable. Pourquoi ne puis-je pas utiliser cet amour à mon propre compte? C'est la question. Celle à laquelle j'ai essayé de répondre pendant plusieurs années, sans succès. Oui : au travail sur soi, oui à la connaissance, oui à l'ouverture des horizons, oui à l'ouverture d'autres portes. Non : au manque d'estime, au manque d'amour, au manque de compréhension, au manque de respect, au manque tout court. J'étais en manque de cette douce chaleur qui provient de notre esprit, de notre cur, de cet amour inconditionnel qui sait que seul lui crée. J'étais dans une spirale descendante, dans laquelle me relever était impossible. L'amour de l'autre ne remplit pas ce manque. C'est comme si, j'avais toujours oublié une pièce, une pièce essentielle au puzzle : l'amour de soi. Maintenant c'est fait. Je ne peux retourner en arrière. Pourquoi expliquer le "comment en est-elle arrivée là?" cela ne sert à rien. Ce qui devait être a été, pas plus, pas moins. De là où je me trouve, j'ai l'explication mais cela ne semble pas être présentable à la nature humaine car elle n'arrive à conceptualiser l'idée. C'est comme demander à un animal d'arrêter d'avoir un instinct de survie. C'est impensable, au sens premier du terme. Chacun retourne à sa vie, je deviens un souvenir plus ou moins lointain. Mes cendres seront mises dans la nature, jetée du haut d'une colline aidée par le vent. Mon départ n'est qu'un fait divers. C'est cela qui m'a fait me décider. |
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Anne,
arc-en-ciel
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